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10 janvier 2011

TRIBUNE : LE SYMPTÔME ZEMMOUR

sopo2.jpgPublié sur médiapart

Pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, c’est la connivence d’une partie des élites –et non du peuple– qui permet le maintien d’Eric Zemmour.

L’affaire est simple: dans deux émissions récentes, le journaliste Eric Zemmour, en ciblant les populations d’origine africaine et maghrébine, a défini ces dernières comme une population criminogène (ce qui rendrait à ses yeux légitime le contrôle au faciès!) et a tenu à légitimer la discrimination raciale, pratique fort heureusement réprimée par la loi.

Une affaire aussi simple ne mériterait guère de digression s’il n’y avait ici la concentration de trois symptômes de notre temps.


Le premier symptôme, c’est la tendance au renversement sémantique et idéologique opéré dans les fractions de la population gagnées par les sentiments anti-immigrés les plus virulents. Pourquoi Eric Zemmour, figure somme toute assez classique du bretteur populiste, devient-il le héros et le héraut de ces individus qui, pour des raisons émotionnelles ou idéologiques, se situent à l’extrême-droite ou dans ses parages les plus immédiats? Pour la raison bien simple qu’Eric Zemmour a trouvé une tribune médiatique pour exprimer leur fantasme le plus secret: celui de ne plus passer pour des petites gens racistes et aigries mais pour les glorieux soldats d’une civilisation en péril. Le raciste se plait ainsi à se repeindre en antiraciste luttant contre le racisme anti-blanc. L’aigri anti-immigré se surprend à relever la tête en pouvant désormais sublimer sa haine de l’arabe en une prétendue lutte contre l’islamisme. Lutte censée se faire au nom de la défense de la laïcité et de l’égalité entre les hommes et les femmes mais, chez nos Dupont Lajoie ripolinés en Batmans républicains, combats de pure circonstance que bien souvent ils honnissaient et dénonçaient naguère. Certes, ces renversements ne sont pas nouveaux: la thématique paradoxale et jubilatoire de la «résistance» a ainsi été plus qu’épuisée par l’extrême-droite française d’après-guerre et se trouve systématiquement reprise par ces «gens en bascule» qui, parties du camp républicain, ne peuvent s’avouer à elles-mêmes qu’elles rejoignent les rivages de l’extrême-droite*. Mais, ce qu’il y a de nouveau, c’est le fait que cette tendance semble s’enraciner et s’affirmer de façon «décomplexée» et conquérante avec la haine comme objectif et la «liberté d’expression» comme carburant.


Cette nouveauté peut d’autant plus se déployer qu’elle peut compter pour ce faire sur un «système» médiatico-politique étonnamment atone. Etonnant en effet de voir le peu de réactions politiques que suscitèrent les propos d’Eric Zemmour. Plus étonnant peut-être encore le peu de réprobation dans le monde médiatique où, après quelques jours de flottement, l’opération «Il faut sauver le soldat Zemmour» fut exécutée sans trembler par la direction du
Figaro. Un soldat qui peut en outre continuer à officier sur le service public qui n’est pourtant décidément pas fait pour être le réceptacle de paroles haineuses, fussent-elles fréquemment guignolesques**. En réalité, il n’y a ici aucune étrangeté à cette situation car la parole d’Eric Zemmour renvoie non pas, comme il aime à le faire croire, à une parole «populaire» que le système devrait prendre en considération à son corps défendant. Car, bien qu’Eric Zemmour se plaise à penser que le peuple qu’il fantasme partage ses haines, la réalité est celle d’un peuple aux origines diverses tant abhorrées chez lui. Sa parole renvoie en fait un écho sympathique à une élite qui, bien que rarement prise en défaut du fait de sa maîtrise du langage, n’en est pas moins celle qui pense avoir le plus à perdre de l’évolution vers une France métissée et faisant toute sa place aux femmes. Autrement dit, c’est la connivence d’une partie des élites –et non du peuple…– qui permet le maintien d’Eric Zemmour.

Cette connivence, complétée d’une certaine forme de lâcheté, entre enfin en résonnance avec la tendance à la restriction du débat politique et intellectuel à un cirque médiatique. Ce dernier est cet espace vidé de toute substance morale où Eric Zemmour, l’homme qui dit tout haut ce que les racistes pensent tout haut, est la pièce essentielle de cette longue procession de ceux qui vont participer à ce malsain ovni télévisuel qu’il nous est donné de voir chaque samedi soir sur France 2: un incitateur de haine virevoltant au milieu du Tout-Paris politique, artistique et intellectuel. Mais tant que ça «buzze» pour les uns et que ça fait vendre pour les autres, le cirque peut continuer…

* Le cas Dieudonné en est une des illustrations les plus récentes et les plus flagrantes alors qu’il était évident que son «voyage» l’amènerait à mouiller sinon à accoster au port du Front national.

** Eric Zemmour est chroniqueur sur France 2 dans l’émission «On n’est pas couchés» et sur France Ô dans l’émission «L’Hebdo».

Commentaires

J'ajoute vraiment peut des liens a mes liens prefere mais il est vrai que votre actualite merite une relecture.

Écrit par : mutuelle | 29 mars 2013

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