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21 janvier 2011

LA MAUVAISE FOI D'ERIC ZEMMOUR

Touring-san-Francisco-30-sept-2009-_118_.jpgLe 18 février prochain, le tribunal correctionnel de Paris dira si Eric Zemmour est coupable de diffamation et de provocation à la discrimination raciale pour avoir affirmé que « les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que les plupart des trafiquants sont noirs et arabes », que, sous prétexte que « la discrimination, c’est la vie », la discrimination à l’embauche est un « droit ».

Par Mabrouck Rachedi , publié sur metro.fr


La défense de Zemmour repose sur un maître-mot : la liberté d’expression. L’aréopage des soutiens de Zemmour avait fière allure : Jean-Marie Le Pen qu’on ne présente plus, la frange la plus à droite de l’UMP qui lorgne du côté du FN, Robert Ménard, qui chasse sur les mêmes terres médiatiques que Zemmour, Eric Naulleau, son collègue de bureau… Il y avait aussi Malek Boutih, qui ne sait plus quoi dire pour arracher un strapontin gouvernemental, Jean-Pierre Chevènement, qui ne se remet décidément pas de son accident cérébral…

Sur la forme, Zemmour, le scribouillard qui se rêve grand écrivain, prend la posture du sacrifié à l’autel de la bien-pensance. Il a tout l’espace médiatique pour le dire : chroniqueur à France 2, RTL, Le Figaro, i-Télévision… les plateaux de télé sont autant de tribunes où il peut s’exprimer à l’envi. On a déjà vu victime moins bien servie.

Sur le fond, le raisonnement de Zemmour ne tient pas une seconde mais prenons la peine de le démonter. Tout d’abord, les statistiques ethniques étant interdites en France, Zemmour ne se fonde sur aucun élément matériel à l’appui de ses allégations. Les « faits » qu’il avance comme avérés ne sont étayés que sur une impression. Mais admettons. Soit deux populations A et B, dont 10% des membres sont coupables d’un crime ou d’un délit. Si A comporte 10 éléments et B comporte 100 éléments, on trouvera 1 coupable parmi la population A et 10 coupables parmi la population B. Ce petit raisonnement à la portée de n’importe qui – même de Zemmour – montre que le nombre des arrestations peut tenir non seulement à la proportion des coupables parmi les populations mais aussi à la fréquence inégale des contrôles d’un échantillon à l’autre. Or, que disent les faits ? Les chercheurs Fabien Jobard et René Levy ont montré dans une étude pour l’Open society Institute qu’un Noir ou un Maghrébin a plus de chance de se faire contrôler par la police qu’un Blanc. Au lieu de fantasmer le monde, Zemmour ferait bien de s’interroger sur le lien de causalité – s’il existe – entre le contrôle au faciès et les incarcérations. Et de questionner ce que dit une telle différence de traitement sur la société française.

Quant à la légitimation de la discrimination, l’argument est tout aussi faible. Zemmour a défendu au tribunal que « la discrimination, ça veut dire choisir, sélectionner, ça n’a rien d’infamant ». On conseillera à Zemmour de lire ou relire le linguiste Ferdinand de Saussure sur le signifiant et le signifié. Les mots ont un sens dans un contexte. On se souvient par exemple que Jean-Marie Le Pen, ayant odieusement affirmé que les chambres à gaz étaient « un détail de l’Histoire », avait sorti de son chapeau la définition du dictionnaire « détail : partie d’un tout » pour justifier l’injustifiable. La défense consistant à renvoyer à l’acception la plus honorable d’un mot relève de la mauvaise foi. On connaît la connotation du mot « discriminer » dans l’usage courant de la langue française. La discrimination est d’ailleurs punie par la loi. Est-ce à dire le choix est proscrit dans notre pays ?

Au-delà arguties pathétiques de Zemmour, interrogeons-nous sur la liberté d’expression. Il existe bel et bien une conception libertaire du droit à l’expression. Par exemple, aux Etats-Unis, le révisionnisme est mieux toléré qu’en France au nom du premier amendement de la Constitution. Noam Chomsky, critiqué à juste titre, avait ainsi défendu Faurisson en arguant de ce principe poussé à son paroxysme. La tradition et la loi françaises sont différentes. La loi Gayssot vise à « réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe » et énonce que « toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite ». Zemmour, garant auto-proclamé d’un certain esprit français, se juge-t-il au-dessus de ses lois ?

Il ne m’appartient pas de prononcer la loi. Le tribunal correctionnel de Paris tranchera. Certains des défenseurs les plus zélés de Zemmour ont dégainé l’argument-massue : on a le droit d’être con. Certes mais mieux vaut ne pas s’en faire un devoir. Comme l’a écrit Audiard « les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ». Tout porte à croire qu’on n’a pas fini d’entendre parler de Zemmour.

Commentaires

Royal ce moment passez en votre compagnie, merci bien pour cette excellente.

Écrit par : site de pari sportif | 27 mai 2014

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