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15 avril 2011

TRIBUNES : LES JEUNES EGYPTIENS ONT LE BLUES

Alors que les manifestations et la répression reprennent place Tahrir, quelques jours passés au coeur de la révolution égyptienne, auprès des jeunes "facebookiens" qui ont initié et en partie animé le mouvement comme auprès des dirigeants politiques qui portent leurs revendications, m'ont convaincu de la puissance de leur désir de France et de l'importance du soutien international qu'ils demandent.

Près de deux mois après la chute d' Hosni Moubarak, les jeunes révolutionnaires connaissent un syndrome de "revolution blues" : la fougue de leur engagement, leur faim de politique et leur détermination à construire une société plus libérale cohabitent avec un certain pessimisme, la crainte de l'influence islamiste et le manque de perspectives politiques qu'ils sont en capacité de tracer. L'univers des possibles qu'ils ont entrevu s'est réduit, depuis la reprise en main du pouvoir par l'armée, à une lutte de long terme contre l'ancien régime.

La sanglante répression des manifestations du 8 avril, le cas de Maikel Nabil, jeune blogueur pacifiste traduit devant la justice militaire pour avoir critiqué l'armée, ou la nouvelle loi restreignant la liberté de manifestation et de constitution des partis politiques sont là pour nous rappeler que l'armée n'est pas l'alliée de la révolution. Elle s'inscrit dans la continuité du régime Moubarak, notamment par la perpétuation de son alliance, tacite et ambiguë, avec les islamistes.


 

Dans ce combat pour les libertés et la justice sociale, les élections législatives de septembre et la présidentielle de novembre -décembre vont structurer le débat public pour les années à venir. Or, dans un pays où la moitié de la population a moins de 18 ans et où environ 2 millions de nouveaux électeurs rejoignent chaque année le corps électoral qui en compte 40 millions, cette structuration aura des conséquences déterminantes à moyen terme.

Soutien sur le long terme

Face à ces enjeux, l'alternative qui est proposée à la France est claire : souhaitons-nous soutenir une société égyptienne laïque, juste socialement, métissée, avec pleine égalité entre les citoyens indifféremment de leur genre ou de leurs croyances ? Ou souhaitons-nous demeurer absents de cette histoire et sourds aux appels de la jeunesse révolutionnaire, au risque de voir se renforcer les Frères musulmans ou les caciques du système Moubarak ? Pour répondre à cette question, écoutons le message que les militants de la place Tahrir comme les dirigeants politiques portés par la révolution, Mohamed El-Baradei et Ayman Nour, m'ont demandé de transmettre à mon retour.

Ce qu'ils veulent apprendre de la France et sur quoi ils veulent engager la jeunesse dans les années à venir tient en quelques idées-forces : laïcité, lutte contre la haine religieuse, dont les coptes sont les victimes, droits des femmes. Les jeunes militantes, qui ont vécu avec amertume et déception les violences dont elles ont été victimes lors des manifestations marquant la Journée internationale de la femme, insistent sur ce combat-là.

D'autres sujets restent à travailler, comme l'antisémitisme, diffusé par des vecteurs religieux et politiques depuis plusieurs années, et qui a imprégné la société. S'il est clair que la mobilisation populaire n'a jusqu'à présent pas été structurée par l'antisémitisme ou la haine d'Israël, la révolution n'a pas non plus mis au travail cette question-là.

Ensuite, ils attendent un soutien sur le long terme de la France pour travailler le terrain. Si la plupart des groupes révolutionnaires reçoivent un soutien des grandes fondations américaines pour les droits de l'homme, la France brille par son absence. Or c'est sur le long terme et sur le terrain, dans les faubourgs miséreux du Caire et des grandes villes, là où les islamistes sont implantés et où ils représentent pour beaucoup la seule force politique visible, que la bataille pour le pouvoir devra être menée.

Il serait salvateur, pour la France comme pour l'avenir de l'Egypte, que nous, société civile, militants, politiques, sachions entendre le désir de France des révolutionnaires égyptiens et nous engager dans l'action à leurs côtés.

Benjamin Abtan, ex-conseiller de Bernard Kouchner en lien avec les sociétés civiles

Source : Le Monde - Article paru dans l'édition du 15.04.11

11:29 Publié dans INTERNATIONALE, POINT DE VUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : benjamin abtan, egypte, facebook, révolution, arabe |  Facebook |

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