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30 juin 2011

Testing au logement à Villeurbanne : les gens "d'origine maghrébine" discriminés

DISCRIMINATION - C'est une première en France. La municipalité de Villeurbanne a collaboré avec un réseau de bailleurs privés pour réaliser un testing au logement à vocation "pédagogique". Résultat : les candidats "d'origine maghrébine" à la location d'un logement ont été défavorisés plus d'une fois sur deux, et jusqu'à neuf fois sur dix dans le quartier central des Gratte-Ciel. En réaction à cette nette discrimination, qui relève du délit, Villeurbanne et un groupe d'agences immobilières volontaires sont prêts à s'engager dans un partenariat inédit.

Depuis février 2010, la ville de Villeurbanne s'est engagée dans un Plan de lutte contre les discriminations au logement, aux côtés de l'Etat, du Grand Lyon, de bailleurs sociaux, d'organisations professionnelles et d'associations de locataires. Pour affiner son action, le maire Jean-Paul Bret (PS) a commandé un testing au logement à grande échelle (une centaine de tests) dont la réalisation a été confiée à ISM-Corum, Centre d'Observation et de Recherche sur l'Urbain et ses Mutations à Lyon. Ensemble, ils ont retenu comme seul critère discriminant celui de l'origine, "singulièrement maghrébine", "critère évoqué par le nom, le prénom et l'apparence physique des "testeurs"" précise Eric Cédiey, directeur général d'ISM-Corum. Pour le reste : âge, type de profession, niveau de revenu, situation de famille, solidité des garants, etc. tout était similaire.

Contrairement aux opérations lancées par la Halde ou SOS Racisme, à visées statistiques ou juridiques, Villeurbanne a fait le choix d'un testing "pédagogique". Il s'agit "d'accompagner les acteurs du logement vers une prise de conscience et non de les sanctionner" précise le maire. Les agences immobilières - une quinzaine à Villeurbanne et une dizaine à Lyon - ont donc été informées en amont de la réalisation de ce testing, mais pas du critère retenu. L'autre moitié des tests a été réalisée auprès de particuliers.

Cette information préalable n'empêche pas des résultats assez édifiants. "Les candidats "français de souche" n'ont quasiment rencontré aucun obstacle dans leur recherche de logement alors que les candidats d'origine maghrébine ont été défavorisés plus d'une fois sur deux. Les écarts sont suffisamment nets pour caractériser une discrimination dans l'accès au logement" analyse Eric Cédiey qui précise que "L'essentiel des discriminations se sont révélées après la visite du logement". Au moment clé de la constitution du dossier.

Autres enseignements de cette étude : "La discrimination sur l'origine se manifeste plus violemment sur les hommes que sur les femmes". Et  "Le risque de discrimination augmente avec l'attractivité du secteur : les candidats maghrébins ont été désavantagés jusqu'à neuf fois sur dix dans le quartier des Gratte-Ciel" explique le scientifique. "Que les quartiers les plus prisés, les plus beaux, discriminent le plus, c'est ce qui fait que des gens sont assignés à résidence dans une société qui prône pourtant le vivre ensemble et la mixité sociale" commente Marisa Lai-Puiatti, responsable Rhône-Alpes Auvergne du Défenseur des droits. Selon elle, "le déni de la discrimination, particulièrement dans le logement, reste énorme" quand il est plutôt moindre dans le travail.

Si elle confirme ce que beaucoup constatent au quotidien, l'étude révèle une surprise : les résultats sont similaires pour les agences immobilières et les particuliers. Autrement dit, les professionnels du logement, censés être au fait de la loi qui punit de 3 ans de prison et 45 000 € d'amende les faits de discrimination, discriminent autant que les particuliers. Souvent ignorants de la loi, les propriétaires sont pourtant plus enclins à penser qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent de leur bien. "Les professionnels sont entre le marteau et l'enclume ; ils subissent la pression des propriétaires sur un marché tendu" justifie Lionel Leifer, administrateur de la FNAIM du Rhône.

Il existe de multiples façons de contourner la règle égalitaire affichée du "premier dossier complet, premier servi". Tarder à rappeler tel candidat ou inversement permettre à tel autre de constituer son dossier plus rapidement en lui donnant la liste des pièces à fournir par avance. Demander des pièces ou des garanties complémentaires à l'un et pas à l'autre, motiver l'un ou décourager l'autre, dire à l'un qu'il est difficile de se garer dans le quartier, et à l'autre qu'il y a un garage… "La plupart des discriminations ne sont pas intentionnelles ; elles relèvent plutôt de mauvaises pratiques" commente Eric Cédiey.

"Le constat est fait. Aux organisations professionnelles de prendre leurs responsabilités" assure Lionel Leifer de la FNAIM, qui cite la mise en place de modules de formations avec le Défenseur du droit ou l'ajout des textes de loi contre la discrimination dans les actes de vente. "C'est par l'information du public qu'on pourra avancer" estime-t-il.

Un projet de partenariat entre Villeurbanne et un groupe d'une dizaine d'agences immobilières volontaires se met en place, prévoyant un parcours de formation puis la création d'un label valorisant les agences qui s'engagent contre les discriminations. Objectif : faire changer les pratiques et démontrer que la discrimination au logement n'est pas "une fatalité à laquelle se résigner".

Source : Anne-Caroline JAMBAUD pour Libération à Lyon

12:53 Publié dans *DISCRIMINATION | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : discrimination, testing, villeurbanne, ism corrum, logement |  Facebook |

 
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