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17 décembre 2010

LE RACISME DE L’EXTRÊME DROITE RÉVÈLE SON MANQUE DE "MODERNITÉ"

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Par Dominique Sopo, Président de SOS Racisme - Tribune publiée dans le journal Le Monde

Maurice Bardèche, le premier propagateur français, avec Paul Rassinier, du négationnisme de la Shoah, aimait se référer à la Révolution française afin de convoquer au service de son abjecte théorie une page glorieuse de notre histoire.

C’est la même mécanique que Marine Le Pen vient d’employer en associant à l’Occupation" la présence des musulmans dans notre pays. Se référant à la laïcité et en appelant à la République, Marine Le Pen opère un renversement de la pensée qui serait comique s’il n’avait pour but de camoufler, sous la "Résistance" à laquelle elle convie implicitement, une pensée raciste et liberticide.

La ficelle paraît un peu grosse, venant d’une des figures majeures du Front national dont le président, Jean-Marie Le Pen, qualifiait en 2005 l’Occupation nazie que subit la France de "pas si inhumaine que cela". Le même Jean-Marie Le Pen qui – sans même remonter à ses multiples condamnations pour apologie de crimes de guerre, apologie de crimes contre l’humanité, racisme, antisémitisme et négationnisme, pas plus qu’à l’éloge funèbre qu’il fit de Maurice Bardèche – riait au premier rang du spectacle de Dieudonné lorsque ce dernier offrit au négationniste Robert Faurisson un écrin scabreux au Zénith de Paris.

Désormais lestée de cette sortie au racisme patent, l’extrême droite "respectable" dont Marine Le Pen était censée incarner la naissance vient de se fracasser sur l’autel des ressorts politiques profonds de cette partie de l’échiquier politique. Tout comme elle se fracassa lorsque, en Italie, le magistère institutionnel et la tribune publique qu’offrit Silvio Berlusconi à la Ligue du Nord créèrent dans la Péninsule une ambiance de pogroms et permirent que fussent avancés au niveau gouvernemental des projets – tels que le tatouage des Roms – que l’on croyait ensevelis sous les décombres du mussolinisme. Et l’ambiance créa, comme souvent lorsqu’elle s’abat avec une durée suffisante sur un territoire, des passages à l’acte, en l’espèce des crimes racistes.

En Italie comme en France, l’extrême droite porte en elle le crime. C’est de cette famille politique dont Marine Le Pen brigue le leadership. Il est utile de rappeler cette triviale réalité, tant elle se trouve brouillée concernant cette femme dont les journalistes et les adversaires encensent et redoutent la modernité. Moderne, Marine Le Pen ? Sans doute au regard d’un père ringardisé autant par son âge que par des références datées. Mais, pour celle qui ne renie rien de l’héritage paternel, la logique reste la même : trouver l’ennemi intérieur qu’il faudra expulser ou exterminer pour sauver la patrie en danger. Italiens, Polonais, Juifs, Portugais, Espagnols, Africains, Maghrébins… Tous ont eu à connaître les diatribes d’une extrême droite qui leur promettait la vindicte publique.

Et là où Marine Le Pen manque encore un peu plus de "modernité", c’est qu’elle n’est finalement pas si éloignée que cela des haines recuites et des hantises mal camouflées de son père. Il n’y a, dans la sortie de Marine Le Pen, aucune volonté de défendre une laïcité que les composantes catholiques intégristes du Front national vomissent et qui ne s’accommode en aucun cas d’une stigmatisation des origines qu’elle repousse philosophiquement.

En réalité, la corde sur laquelle joue Marine Le Pen, c’est celle, en une réminiscence de la rupture qu’engendra la guerre d’Algérie, de la crainte de l’inversion du rapport colonial.

Ça n’est pas tant le musulman que Marine Le Pen exècre que l’image de l’ancien colonisé dont les enfants s’affirment progressivement comme des citoyens à part entière dans notre société. Car, à n’en point douter, la sortie de Marine Le Pen ne concerne pas les prières dans la rue qu’elle prétend contester. Cette sortie concerne la présence sur notre territoire de personnes d’origine maghrébine qui revendiquent leur statut de Français là où cette femme politique d’extrême droite ne peut voir que des citoyens accidentels et illégitimes dont il faudrait révéler l’usurpation. D’ailleurs, si ces populations "occupent" la France, n’est-ce pas parce qu’elles sont, aux yeux de Marine Le Pen, composées d’étrangers à bouter hors du sol national ?

BOUC ÉMISSAIRE

L’envoi de ces messages plus ou moins subliminaux par Marine Le Pen n’est pas très dur à démonter. Ce qui l’est plus, par contre, c’est le ressort sur lequel joue Marine Le Pen, et qui renvoie à la fonction et à la stratégie de l’extrême droite : libérer les individus de l’impératif moral sur lequel les civilisations modernes et démocratiques ont fondé leur dynamisme et assuré la paix civile, à savoir la nécessité pour chacun de considérer l’Autre comme son égal.

Et cette libération, dans une approche tout aussi classique pour l’extrême droite, s’opère avec une admirable constance par la désignation d’un bouc émissaire que l’on demandera aux populations déstabilisées par la crise économique et sociale d’haïr, faute, pour elles, d’avoir la certitude suffisante de pouvoir agir sur les causes réelles de leurs malheurs.

Il est en effet plus facile de s’attaquer à son voisin d’origine étrangère qu’aux mécanismes de la finance internationale. Plus facile mais aussi plus minable ! D’où la convocation de la thématique de l’"Occupation" qui permet de faire passer pour du courage ce qui n’est que lâcheté puisque le bouc émissaire, c’est celui qui est suffisamment faible dans la société pour ne pas pouvoir se défendre à armes égales face aux agressions dont il est la cible désignée. En décrétant cette "Occupation" comme une réalité, Marine Le Pen espère s’adjoindre la cohorte des lâches qui sublimeront leur poltronnerie – qu’ils n’acceptent pas comme leur propre reflet – en un acte glorieux de résistance aux Arabes.

A celles et à ceux qui seraient tentés par ce chemin, il faut rappeler avec force et insistance qu’au bout de ce chemin-là, il n’y a que des drames. Qu’ils s’épargnent donc ce qui pourrait devenir la plus désagréable et la plus tenace de leurs expériences : le réveil hébété et honteux de ceux qui, après avoir failli, n’ont plus que leurs remords pour seul viatique.

Dominique Sopo, président de SOS-Racisme

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03 décembre 2010

SOS RACISME VS LE PEN

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SOS RACISME DEMANDE QUE CE PROCÈS SOIT JUGE SUR LE FOND

SOS Racisme constate que le tribunal ne s’est pas prononcé sur le contenu des affiches utilisées lors de la dernière campagne du Front National dans le cadre des élections régionales en PACA pilotée par Jean-Marie Le Pen.

SOS Racisme espère que le parquet fera appel de cette décision qui, en l’état, reviendrait à considérer que Jean-Marie Le Pen n’est pas responsable de ses propres affiches.

SOS Racisme avait déjà souligné lors de la précédente audience, la lâcheté de ce dernier, qui, après avoir utilisé ces affiches, avait néanmoins prétendu devant la cour ne pas en être l’auteur.

Nous retenons également plusieurs éléments : premièrement, que ce procès installe manifestement l’autorité de Marine Le Pen à la tête du Front National dans la bataille de succession qui fait rage au sein du parti et, deuxièmement, que le racisme n’y sera pas un sujet clivant de débat.

En effet, Marine Le Pen, venue en personne au tribunal, a pu revendiquer avec virulence le contenu politique des affiches, et les amalgames insupportables qui assimilent le drapeau algérien au danger et l’islam au fanatisme religieux.

SOS Racisme espère qu’un appel permettra de juger enfin sur le fond ce qui constitue une incitation à la haine.

 

LE PEN RELAXE SUR LA FORME

Article du monde.fr

Le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, a été relaxé jeudi 2 décembre par le tribunal correctionnel de Paris, devant lequel il était accusé d'avoir, par des affichettes de campagne "Non à l'islamisme" diffusées sur Internet, incité à la haine envers la population musulmane.

Le parquet avait requis contre lui deux mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité ainsi qu'une amende de 20 000 euros. L'affiche litigieuse avait été diffusée en février 2010, lors de la campagne des élections régionales, par le mouvement de jeunesse du FN, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, puis sur plusieurs sites Internet. Titrée "Non à l'islamisme", elle représentait une femme intégralement voilée à côté d'une carte de France recouverte du drapeau algérien, sur laquelle se dressaient sept minarets en forme de missiles. La Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) avait saisi le juge des référés du tribunal de Marseille, qui avait condamné le Front national à retirer les affiches.

Dans un second temps, la Licra, soutenue par SOS-Racisme et le journaliste algérien Mohamed Sifaoui, a porté l'affaire devant la justice parisienne pour provocation à la haine envers une religion.

Les magistrats de la 17e chambre n'ont pas jugé le dossier sur le fond mais ont débouté les associations (Licra et SOS-Racisme) qui poursuivaient Jean-Marie Le Pen pour de pures questions de forme : le tribunal a estimé que Jean-Marie Le Pen n'était ni l'auteur, ni le responsable des sites Internet sur lesquels l'affiche a été diffusée, et s'est déclaré incompétent territorialement concernant l'utilisation de cette affiche.

ISLAM ET ISLAMISME

A l'audience, le 28 octobre, l'avocat de Jean-Marie Le Pen, absent à son procès, s'était saisi des menaces du chef d'Al-Qaida, Oussama Ben Laden, contre la France. "Nous sommes aujourd'hui menacés par l'islamisme (...). Est-ce que vous allez dire, dans votre jugement, qu'on ne peut plus montrer d'opposition à l'islamisme ? Faites très attention...", a mis en garde l'avocat, en s'adressant au tribunal. Durant sa longue plaidoirie, le défenseur du FN n'a cessé de rappeler que l'affiche litigieuse disait "Non à l'islamisme" et pas à l'islam. "C'est un procès d'intention à M. Le Pen !", s'est-il indigné, se faisant le chantre de la religion musulmane : "Vouloir nous faire dire dans votre jugement que l'islamisme c'est la même chose que l'islam, c'est un scandale !"

Jean-Marie Le Pen, 82 ans, a en grande partie bâti sa carrière politique sur un discours populiste et anti-immigrés. "C'est trop facile de dire qu'on ne vise pas les musulmans parce qu'on y a inscrit 'islamisme'", a répliqué l'un des avocats de l'association SOS-Racisme, Me Antonin Lévy. Sur cette affiche "est-ce qu'on voit le terrorisme ? est-ce qu'on voit Al-Qaida ? est-ce qu'on voit Ben Laden ? Non !".

10 mars 2010

SOS RACISME POURSUIT JEAN-MARIE LE PEN ET L'AFFICHE RACISTE DU FN

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AFFICHE DU FN EN PACA : SOS RACISME ET MOHAMED SIFAOUI POURSUIVENT JEAN-MARIE LE PEN POUR INCITATION A LA HAINE RACIALE ENVERS LES MUSULMANS, LES FRANÇAIS D’ORIGINE ALGERIENNE ET LES RESSORTISSANTS ALGERIENS VIVANT EN FRANCE.

Dans le cadre de sa campagne électorale en région PACA, Jean-Marie LE PEN a fait réaliser une affiche portant le titre « NON A L’ISLAMISME » et sur laquelle figurent : la représentation d’une femme portant le niqab, un dessin de l’hexagone recouvert par le drapeau algérien d’où jaillissent 7 minarets dont l’imagerie renvoie très clairement à des ogives nucléaires.

Le lancement de ce nouveau visuel a été largement relayé par le site Internet de campagne du candidat LE PEN. En s’inspirant directement d’une représentation similaire utilisée par le parti helvète d’extrême droite, l’UDC, à l’occasion du référendum suisse sur la construction de minarets en octobre 2009, Jean-Marie LE PEN donne le ton pour sa campagne électorale en région PACA. Ainsi, sous couvert de dénoncer l’extrémisme religieux, le leader frontiste a très clairement marqué sa volonté de susciter la peur et le rejet à l’encontre de toutes personnes de confession musulmane mais également des Français d’origine algérienne et des ressortissants algériens vivant en France.

SOS RACISME entend faire cesser ces attaques répétées et outrageantes qui se multiplient à l’encontre de cette partie de la population déjà largement stigmatisée à l’occasion du débat sur l’Identité nationale.

Dans ces conditions, SOS RACISME s’est allié à Mohamed SIFAOUI, journaliste, écrivain, militant antiraciste d’origine algérienne, très impliqué dans la dénonciation de l’islamisme radical et défenseur de la laïcité et des valeurs de la République, pour engager une action pénale à l’encontre du président du Front National.

Monsieur Jean-Marie LE PEN devra comparaître pour une première audience devant le Tribunal Correctionnel de Paris le 6 mai 2010.

 

 
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